Plus imposante que lui
Aux femmes qui se sont déjà senties comme des patates au lit.
J’ai souvent été plus grosse, plus physiquement imposante que les hommes avec qui j’étais. Et, dans une certaine mesure, ça m’a longtemps emmerdée.
Dans l’imaginaire, l’homme doit être plus grand, plus large, plus fort. La femme plus fine, plus petite, plus contenue.
Alors, quand la configuration s’inverse, ce n’est pas neutre symboliquement.
Dans mon fantasme, j’aurais voulu être “la petite chose”, mais je l’ai rarement été.
Parfois, c’est étrange : on rêve de choses qu’on n’est pas et qu’on ne sera probablement jamais tout à fait.
Car je ne suis ni une petite chose physiquement parlant, ni une petite chose en termes de caractère.
J’ai du mal à rester mince naturellement ; j’ai tendance à être un peu grosse. ( j’ai perdu 20 kg l’année dernière, mais je parle de ma vie en général.)
Et en réalité, j’ai un caractère dominateur.
J’aime faire fermer sa gueule à tout le monde.
Je confronte, j’argumente, j’écrase si c’est mérité, et j’ai tendance à vouloir clouer le bec aux gens — et, on ne va pas se mentir, encore plus aux hommes.
Mais je crois que, dans le fond, je rêve que l’un d’eux prenne toute la place et me cloue enfin le bec, non pas par violence, mais par raison, force tranquille, et intelligence, au point que me soumettre fasse sens et me soulage, peut-être du poids de la vie.
Dans la vie intime, j’ai souvent pensé avec gêne, dans un lit : “Oh mon Dieu, ce n’est pas possible, je vais l’écraser.”
J’ai souvent fait attention à ne pas mettre tout mon poids sur untel.
J’ai souvent pensé : “Mais je ne pourrais absolument pas rentrer dans son jean, la honte”, et j’ai souvent secrètement comparé la largeur de mes cuisses à la leur en me disant que c’était inacceptable de faire deux fois leur volume.
Très rarement, un homme a pu me porter (sauf récemment, alléluiaaaaaaa) ou s’est risqué à le faire.
J’ai souvent été, bizarrement, presque gênée pour eux, dans une forme d’empathie étrange, à me dire qu’ils devaient se sentir bien frêles.
Puis un jour, je me suis plus ou moins réconciliée avec le fait d’être plus imposante, plus grosse, plus grasse, souvent plus dominatrice de caractère, que la grande majorité des messieurs que j’ai fréquenté.
Le déclic est arrivé le jour où je suis tombée sur les illustrations de Namio Harukawa.
En les regardant, j’ai ressenti un soulagement immédiat.
Pour la première fois, ce que j’avais toujours vécu comme un excès, prendre de la place physiquement, dominer malgré moi, apparaissait comme une composition esthétique presque évidente.
Là où je voyais auparavant quelque chose de disgracieux, d’honteux, d’inversé, de ridicule, je découvrais une puissance visuelle assumée. Et puis une certaine drôlerie tout à fait séduisante.
Je n’ai jamais vraiment retrouvé d’artiste travaillant dans cette veine. C’est resté comme quelque chose de spécial, d’unique.
Un choc esthétique rassurant, un doudou visuel, que j’ai régulièrement re-regarder à travers les années comme quelque chose qui faisait miroir à la façon dont je me sentais dans l’intimité.
Puis, récemment, sur Instagram, je suis tombée sur un compte qui produit vraisemblablement des images générées par intelligence artificielle.
En les parcourant, j’ai éprouvé le même apaisement : cette sensation que ce que j’avais perçu comme trop, trop massif, trop dominant, pouvait aussi être regardé comme beau.
Ça fait longtemps que je n’ai plus parlé d’intimité, de sexualité.
Plus depuis mon livre Mâles baisées, plus depuis mon compte Instagram Tasjoui, que j’ai arrêté d’alimenter il y a déjà plusieurs années.
Le sujet m’a saoulée.
Je suis passée à autre chose.
Parfois, je me demande comment j’ai pu autant être en roue libre.
Je suis un peu dingue parfois.
Mais là, je ne sais pas.
Ces images générées par IA m’ont donné envie de les partager.
Et d’aborder le sujet.
Pour toutes les femmes qui se sont déjà senties comme des patates au lit.
Alors voilà.
Dora Moutot







Allez poser des questions aux brésiliens. Vous risquez d'être surprise! Beaucoup d'entre eux ont l'air de penser que si un mec va au lit avec une femme grande ou imposante, c'est un "vrai" homme. Ils ont l'air d'avoir beaucoup moins peur des femmes qui prennent de la place. Ils sont fiers d'avoir séduit une femme plus imposante qu'eux ! Peut-être pas tous, mais en tout cas, culturellement, ils voient ça autrement :)
Les images sont vraiment belles. Merci pour ce sujet 🤍
J’ai toujours eu une ossature fine.
J’ai fait 40 kilos pour 1m63 — avec hospitalisation à la clé 😅
J’ai fait aussi 60 kilos.
Et pourtant, je n’ai jamais été pleinement en paix.
Ni fine. Ni plus charnue.
Je réalise que je regarde mon corps comme un objet d’évaluation extérieure.
Comme quelque chose à juger, à corriger, à optimiser.
C’est profondément imprimé en moi. Et quand on y pense… c’est triste.
En ce moment, avec les restrictions alimentaires liées à ma santé, je perds mes seins, mes fesses… et ça me fait peur.
Alors que nous savons très bien — intimement — que la beauté d’un corps féminin ne se laisse pas enfermer dans une forme.
Nous, les femmes, savons reconnaître la beauté d’une autre femme dans ses rondeurs comme dans ses creux.
Dans ce qui déborde comme dans ce qui se retire.
Merci pour ce post.
Moi qui cherche à renouer avec une souveraineté féminine pleine et sacrée, je vois que ce point-là fait encore partie du chemin.
Et j’y réponds avec enthousiasme. ❤️🔥