"On est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes"
Récit d’un débat devenu affaire pénale.
Il y a deux ans, j’ai été prise dans un guet-apens médiatique.
Cela faisait quelque temps que j’avais pris la parole sur Internet pour dire que le fait de permettre à des hommes de modifier leur état civil pour être reconnus comme femmes soulevait des questions concrètes en matière de droits, de protection et d’espaces réservés aux femmes.
J’estimais tout à fait légitime et nécessaire de questionner cela et d’ouvrir un débat.
J’ai vite compris que mon positionnement était polémique, car, pour avoir osé exprimer cette position, j’ai été la cible d’un harcèlement faramineux.
XXL.
Je crois que peu de gens réalisent vraiment ce que ma collègue Marguerite Stern et moi avons vécu, avant même d’écrire par la suite notre livre Transmania.
Nous avons effectué un immense travail d’archives sur ce harcèlement, que vous pouvez consulter ici, où nous avons analysé les multiples techniques employées par nos harceleurs (très créatifs, il faut le reconnaitre!)
J’ai été la cible de militants qui ont appelé explicitement à commettre des actes violents à mon encontre, voire à mon meurtre, au cri de « une TERF, une balle » ou « Dora Moutot au fond du Rhin ».
D’autres ont publié des tribunes exhortant à « en découdre à l’arme blanche », quand d’autres encore lançaient sur leurs réseaux sociaux des appels à me « brûler » et à me « fracasser », promettant l’organisation de « cagnottes pour payer les frais de justice » de ceux qui auraient recours à une telle violence.
Bonne ambiance!
J’ai évidemment porté plainte, mais les plaintes à mon encontre ont toutes été classées de façon tout à fait étranges.
Pourtant, je ne peux plus donner de conférences ou faire de signatures à ce sujet sans que des services de police ou de sécurité ne m’y escortent…
Mais, ironie du sort, c’est moi qui suis poursuivie pour provocation à la haine et qui passerai devant le juge cette semaine.
LOL !
Mais revenons à la façon dont j’en suis arrivée là…
Il faut croire que j’ai l’art et la manière de me foutre dans des situations WTF.
C’est en Octobre 2023, dans cette tourmente de harcèlement, que j’ai été invitée sur le plateau de Léa Salamé, dans l’émission Quelle époque, face à la maire transgenre Marie Cau, pour partager mon point de vue.
Point de vie qui semblait quelque peu “insolite”, car la plupart des femmes avaient déjà peur de parler.
Je pensais être entendue.
La grande naïve que j’étais!
Ce fut tout le contraire.
C’était un guet-apens destiné à m’enfoncer encore davantage dans le harcèlement que je subissais déjà, avec en cadeau bonus une plainte abusive à la clé.
Tout le plateau s’est ligué contre moi pour tenter de me faire passer pour une fasciste, une rétrograde. On a essayé de me pousser à bout, mais je suis malgré tout, restée polie.
On m’a reproché d’être sèche, ferme ; je suis effectivement une femme intransigeante et je ne vais pas m’en excuser. Cette émission fut pénible à vivre, j’ai eu l’impression d’être une sorcière mise sur le bucher au milieu de villageois faussement bien pensants, enragés et irrationnels. S’en est suivie d’une nouvelle vague de harcèlement en ligne, mais cela ne s’est pas arrêté là.
Deux mois plus tard, je recevais une plainte de trois associations : Mousse, accompagnée de l’association SOS Homophobie et d’ADHEOS, qui déposaient plainte contre moi pour « transphobie ».
Great, just great. Awesoooooome!
On me reprochait plusieurs phrases, dont :
« Pour moi, Marie Cau, c’est un homme, un homme transféminin. »
La plainte qualifiait mon propos « d’injure transphobe » et me présentait comme ayant « du sang sur les mains » et poussant au suicide nombre de « jeunes personnes transgenres ».
Eh bé!!!!
La plainte me reprochait aussi d’avoir dit : « on est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes ».
J’ai prononcé cette phrase dans un contexte précis : j’évoquais le cas d’hommes se déclarant femmes, transférés dans des prisons pour femmes et impliqués, dans certains cas documentés, dans des violences sexuelles contre leurs codétenues. C’est pour cette dernière phrase que je serai jugée au tribunal cette semaine.
Pour bien comprendre mon propos, voici comment il a été introduit:
Léa Salamé
Alors, je vous donne la parole maintenant, Dora Moutot : qu’est-ce qui vous… en quoi vous, qui êtes féministe, qui êtes une femme, vous avez l’impression que ça vous fragilise s’il y a des revendications des trans ? Que c’est quelque chose qu’il faut opposer ? Que ça vous enlève quelque chose, vous, comme femme ?
Dora Moutot
Non, pour moi, ce ne sont pas des choses à opposer, il faut trouver un terrain d’entente, en fait. Le terrain d’entente, là où il est problématique aujourd’hui, c’est sur certaines choses en particulier. C’est par exemple sur les sports : aujourd’hui, il y a un certain nombre de femmes trans, donc anciennement hommes, qui jouent dans des compétitions sportives face à des femmes. Et face à des femmes, parfois, tout simplement parce qu’elles ont une musculature différente, eh bien elles gagnent.
On a aussi un problème, par exemple, dans les prisons. Donc, dans certains pays – ça va être aux États-Unis, en Californie ou en Angleterre – on va se retrouver avec des hommes qui ont commis parfois des meurtres sur des femmes, ou bien des viols, qui vont être transférés d’abord dans une prison d’hommes, et ensuite ils vont faire un programme de “gender affirming” [mime des guillemets], donc ils vont faire une transition en prison, ils vont devenir des femmes en prison, administrativement parlant, et ils vont être transférés dans des prisons de femmes.
On se retrouve, je suis obligée de le dire, avec certains hommes qui violent leurs codétenues. Je ne dis pas que toutes les personnes trans font ça, loin de là, mais on est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes. »
Non seulement j’appelais à trouver « un terrain d’entente » et je précisais clairement que « toutes les personnes trans ne font pas ça, loin de là », mais cela n’a pas évité la plainte… qui me reproche de « procéder par généralisation abusive ».
Ah bon.
Les autres phrases qui m’étaient reprochées, notamment celle dans laquelle je qualifiais Marie Cau d’homme transféminin, ne font plus partie des poursuites : mon avocat, Richard Malka, et sa collaboratrice, Marine Viegas, ont démontré en amont une irrecevabilité tenant à la forme et à la qualification.
Les juges ont donc décidé que je ne serais jugée que sur : « on est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes ».
Phrase intéressante, car je ne pense pas être la seule femme à dire que nous sommes, très tristement, forcées de nous méfier des hommes…
Toutes les féministes dites “de gauche” passent leur temps à le dire, mais quand moi je le dis, cela ne passe plus.
Curieux.
A-t-on encore le droit, en tant que femme, de dire qu’on est tristement forcées de se méfier des hommes ?
That is the question, my friend.
Vais-je devenir la première femme à passer derrière les barreaux pour « misandrie » ?
Alors, comment je vis tout ça, me demande-t-on ?
Eh bien, je vis tout cela comme une expérience de vie.
Sur la nature humaine, sur les limites de la liberté d’expression, sur les omertas de l’époque ; comme une observation d’un monde qui me semble totalement inversé au niveau des valeurs.
Mais je vis ça aussi comme une injustice, et en même temps comme quelque chose de presque drôle, totalement absurde, kafkaïen, tragicomique : l’impression de m’être retrouvée au centre d’un mauvais cirque.
Une partie de moi se marre de m’être mise dans une telle situation, et une autre est fatiguée, dégoûtée, excédée.
Mais cela m’a aussi fait sortir de la naïveté. Vis-à-vis des médias. Vis-à-vis de la justice. Vis-à-vis de la puissance de la propagande, vis-à-vis du besoin tribal de bouc émissaire ou de vilaines sorcières.
Je n’ai jamais été jugée dans un tribunal, donc je prends ça comme une nouveauté. C’est rare, les “first times” dans la vie ! (Restons positive !).
Et puis, j’ai Richard Malka à mes côtés ; un luxe que j’ai pu m’offrir grâce à vous, lecteurs et soutiens, qui avez contribué à ma cagnotte il y a deux ans. Cela m’aide à rester relativement sereine. Merci à vous.
J’ai hâte d’entendre la plaidoirie de Richard et de Marine. C’est un peu comme assister à sa propre pièce de théâtre!
Je vis ça aussi comme une page de ma vie qui se tourne, comme un combat que j’ai mené et qui arrive bientôt à sa fin pour moi, car je crois que j’ai dit ce que j’avais à dire.
En prenant cette position, j’ai essayé de communiquer aux autres femmes qu’elles avaient le droit de s’exprimer à ce sujet et qu’il ne fallait pas avoir peur des idéologies qui viennent saper leurs droits.
Je ne vais pas vous mentir : ce sujet me saoule un peu désormais. Je n’ai plus vraiment envie d’en parler, car je crois que tout est dit dans Transmania.(NEXT!!!)
Allez, suite au prochain épisode — peut-être depuis une cellule ? (Je plaisante. Enfin, j’espère, vu que la vie me fait souvent des wtfuckeries, on va pas trop s’avancer! )
En attendant le verdict, je vous inviter à m’imaginer sortir du tribunal en slow motion, lunettes de soleil sur le nez, démarche tranquille, bande-son façon Snoop Dogg en fond sonore. Bow wow wow… yippie yo, yippie yay…
Dora Moutot




Si besoin était, il y a, dans l'actualité récente, des éléments qui accréditent votre position et légitiment votre action. Bon courage à vous, Dora, pour cette suite judiciaire !
Je pense comme vous, et dès que j'ose partager ma pensée avec des amis, je me prends des râteaux. J'espère que vous obtiendrez gain de cause ! C'est impensable d'être accusée pour si peu alors qu'on laisse rôder les fous qui vont ont, eux, réellement agressée et menacée. J'ai quitté la France avec ma famille, en partie à cause de ce climat "pénible".
Je vous souhaite beaucoup de courage et suis de tout cœur avec vous, comme beaucoup d'autres.