Le procureur veut m’envoyer en stage de rééducation.
Partie 1: dans les coulisses d’un procès très révélateur de la censure du débat sur le transgenrisme
Hier, le jeudi 19 février 2026, j’ai été jugée au tribunal judiciaire de Paris pour avoir déclaré : « On est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes. »
Trois associations LGBT ont engagé des poursuites contre moi, estimant que cette phrase constituait une « incitation à la haine transphobe ».
Ces propos avaient été tenus sur le plateau de l’émission Quelle époque, dans le cadre d’un débat télévisé consacré aux questions liées au transgenrisme. Vous trouverez ici la genèse de cette procédure afin de comprendre le contexte.
« On est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes. »
Je me suis donc retrouvée à devoir expliquer et justifier cette phrase — son sens, son contexte, son intention — devant une formation de trois magistrats, deux femmes et un homme, ainsi qu’un procureur homme chargé de représenter les intérêts de la société et de formuler ses réquisitions.
J’étais assistée de mes deux avocats, Richard Malka et sa collaboratrice Marine Viegas.
En face, figurait notamment l’avocat de SOS Homophobie, Étienne Deshoulières, qui avait fait citer Marie Cau en qualité de témoin.
Voici comment l’audience s’est déroulée.
Le visionnage des extraits de l’émission
À la demande de mes avocats, la présidente a d’abord fait visionner plusieurs extraits de l’émission au cours de laquelle j’ai prononcé la phrase poursuivie : « Je ne dis pas que toutes les personnes trans font ça, loin de là, mais on est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes. »
À l’écran, je ne suis ni douce ni apaisée. Je suis ferme, sèche, visiblement agacée. Le débat est tendu dès les premières minutes : je suis accusée de relever de la « fachosphère » par Marie Cau, invitée en qualité de premier maire transgenre de France. Je ne laisse pas passer. Je reprends la parole lorsque je suis qualifiée de « facho », je réponds en qualifiant à mon tour mon contradicteur de « misogyne ». Je ne m’excuse pas de penser ce que je pense.
Mon langage corporel est expressif : je parle avec les mains, je lève parfois les yeux au ciel, j’ai le menton haut. On voit que le climat du plateau m’agace et que je n’entends pas me laisser intimider. C’est frontal, assumé.
Pendant la projection, j’observe les visages des juges, du procureur, de la partie adverse. Certains regards se ferment. Chez les hommes présents, je perçois une forme d’irritation face à une femme qui occupe l’espace de cette manière, sans retenue ni douceur.
Je suis à barre en tant qu’accusée
J’ai ensuite été appelée à la barre par l’un des juges. Il m’a interrogée longuement, en insistant particulièrement sur l’expression « personnes à pénis ». Il disait ne pas en comprendre l’intention et laissait entendre que ce choix de mots relevait d’un gout de “la punchline”, d’un sarcasme délibéré, voire d’une intention malveillante — au motif que je critique par ailleurs la novlangue trans, comme « personnes à vulve ».
J’ai expliqué que j’employais un vocabulaire qui s’est imposé dans le débat public, et qu’il n’y avait pas de volonté de dérision. Mon propos consistait simplement à rappeler qu’en tant que femmes, nous savons que les pénis — qu’ils appartiennent à des hommes ou à des personnes se définissant autrement — peuvent, dans certaines circonstances, représenter un danger.
Le même juge a ensuite cherché à savoir si je considérais que tous les hommes constituaient un danger pour les femmes. J’ai tenté d’expliquer que, depuis l’enfance, les femmes apprennent à se méfier. Que l’on confie plus spontanément ses enfants à une baby-sitter qu’à un baby-sitter. Que l’expression « fille au pair » est courante quand « homme au pair » l’est beaucoup moins. Que nombre de parents recommandent à leurs filles de faire attention en rentrant seules le soir. Que toute femme sait qu’elle doit se méfier.
La question m’a été reposée à plusieurs reprises, comme s’il s’agissait de me faire admettre que je tenais tous les hommes pour des prédateurs, ce que j’ai ressenti comme une volonté de me faire entrer dans la catégorie des féministes supposément extrémistes et de révéler une prétendue misandrie.
Face à cette insistance, j’ai été un moment déstabilisée. Richard Malka est alors intervenu pour préciser que si tous les hommes ne sont évidemment pas des violeurs, l’immense majorité des violeurs sont des hommes, et que c’était ce constat factuel que je tentais d’exprimer. J’ai répondu : « Exact. »
Le juge m’a également interrogée sur une volonté de « généralisation ». J’ai répondu que non, précisément parce que, dans la séquence poursuivie, je dis explicitement : « Je ne dis pas que toutes les personnes trans font ça, loin de là, mais on est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes. » Il y a donc, dans ma formulation même, une nuance claire. Je ne vise pas l’ensemble des personnes trans. Je distingue. Je précise.
J’ai expliqué que mon propos portait sur un phénomène spécifique : des prédateurs sexuels qui exploitent certaines failles juridiques liées à l’autodétermination de genre pour obtenir un transfert en prison pour femmes et y commettre de nouvelles infractions. Selon moi, il est impossible d’évacuer ce débat au seul motif qu’il dérange. Dans ce cadre, j’ai cité trois cas précis d’hommes ayant transitionné en détention avant d’agresser des détenues dans des établissements pour femmes.
Le juge m’a également demandé à plusieurs reprises si je « rétorquais » les droits des personnes trans. J’ai dû répéter que je ne « rétorquais » rien : je ne contestais pas des droits en tant que tels ; j’exprimais une critique sur certaines applications concrètes et leurs conséquences. C’est, à mes yeux, l’exercice normal de la liberté d’expression dans un débat d’intérêt général.
Les deux magistrates ont très peu pris la parole. L’une d’elles m’a toutefois demandé de préciser mon positionnement féministe. J’ai expliqué que, pour moi, être une femme renvoie d’abord à une réalité biologique — une femelle adulte humaine — et non à une identité de genre fondée sur le ressenti. J’ai indiqué que, dans ma conception, la sexuation et la biologie constituent le socle matériel à partir duquel s’articulent les droits des femmes, et que c’est cette approche que je défends.
Marie Cau en qualité de témoin à la barre
Les juges ont ensuite appelé Marie Cau à la barre en qualité de témoin. Au départ, sa présence n’était pas prévue : l’avocat des associations avait indiqué qu’il n’y aurait pas de témoin. Nous n’étions donc pas préparés à son audition. Un échange a eu lieu entre les magistrats pour décider s’ils acceptaient de l’entendre ; ils ont finalement donné leur accord.
À la barre, Marie Cau s’est présentée comme une victime. Elle a expliqué qu’elle hésitait à venir, étant en arrêt maladie pour burn-out, notamment en raison du harcèlement qu’elle subit, et dont des personnes comme moi aggraveraient, selon elle, les effets.
Elle m’a décrite comme obsédée par la question trans, affirmant que j’en faisais « mon fond de commerce » et que je « faisais du business sur leur tête ». Elle a répété que les personnes trans voulaient simplement « vivre en paix » et qu’on les « laisse tranquilles ». Elle a qualifié mes propos de « très violents », jugeant ignoble le fait d’évoquer des prédateurs sexuels en prison, estimant que je ne le faisais que pour nuire. Elle a soutenu qu’il s’agissait d’un faux problème. Elle a également contesté mes positions sur le sport, affirmant que les hommes devenus femmes ne bénéficieraient d’aucun avantage compétitif et que je fabriquais des polémiques de toute pièce.
Enfin, elle a suggéré qu’il existait des combats féministes bien plus importants — comme l’excision — laissant entendre qu’une « vraie » féministe devrait se concentrer sur ces priorités plutôt que sur les sujets que je soulève.
Marine Viegas, mon avocate, a interrogé Marie Cau sur un point précis : en vertu de quoi ne pourrais-je pas évoquer des femmes violées en prison par des personnes ayant transitionné ?
Marie Cau a répondu qu’elle soutenait évidemment toutes les femmes victimes de viol et que, si je défendais réellement cette cause, elle pourrait être à mes côtés. Mais, selon elle, j’inventerais ou amplifierais ces situations afin de stigmatiser les personnes trans. Elle a également évoqué un climat qu’elle a qualifié de « trans génocidaire », affirmant que des propos comme les miens participeraient, à terme, d’une dynamique susceptible de nourrir un début de génocide.
La plaidoirie de l’avocat de SOS HOMOPHOBIE
Ce fut ensuite au tour de l’avocat de SOS Homophobie de plaider. Sa plaidoirie m’a semblé peu différente des propos de Marie Cau, au point que je n’en ai pas retenu grand-chose.
Il a insinué que des phrases comme la mienne poussaient des personnes trans au suicide, sans s’attarder sur la complexité des causes du mal-être, jouant sur un amalgame. Il a aussi laissé entendre que toute ma vie serait consacrée à attaquer les personnes trans, comme si c’était mon unique obsession, transformant le débat juridique en procès d’intention sur ma personnalité. Il a tenté de démontrer que mon propos visait à discriminer les personnes trans et à appeler à la haine.
Il m’a demandé si je savais que la Cour européenne des droits de l’homme avait invité les États à reconnaître l’identité de genre.
J’ai répondu que oui, que j’avais co-écrit un livre entier avec un chapitre consacré à l’évolution des droits trans en Europe, et que je savais parfaitement que l’Union européenne adoptait une politique favorable à la reconnaissance de l’identité de genre — mais que cela ne m’empêchait pas d’en critiquer certains aspects. Mon avocat Richard Malka a alors rappelé qu’on a encore le droit de critiquer une loi, tant qu’on ne l’enfreint pas.
Les recommandations du procureur
Je pensais que mes avocats allaient plaider immédiatement après l’avocat de la partie civile. Je ne connaissais pas le déroulé précis d’un procès de ce type. Or, une fois la partie adverse entendue, ce fut le procureur qui prit la parole, avant même que la défense ne soit intervenue. Cela m’a surprise, mais soit.
Le procureur a requis ma condamnation. Selon lui, l’intention de ma phrase serait doublement discriminatoire : d’une part, elle reviendrait à considérer tous les hommes comme des violeurs — affirmation qu’il a répétée d’un ton outré, malgré mes explications contraires — et, d’autre part, elle viserait aussi les « femmes à pénis », donc les personnes trans.
Il a estimé que l’expression « se méfier » constituait en soi un appel à la discrimination et à l’exclusion, et donc un propos pénalement répréhensible. Il a ajouté que parler d’« obligation » renforçait encore la portée du message, en lui donnant un caractère injonctif et général.
Il a conseillé aux juges de me coller un “stage de sensibilisation citoyenne”, ainsi qu’une amende de 2000 euros.
Il a également ajouté que selon lui, il aurait été bon que je manifeste un certain recul sur mes déclarations, une forme de regret, ou quelque chose dans le genre.
La plaidoirie de mes avocats
Ce fut enfin au tour de mes avocats de plaider. Ils étaient franchement stupéfaits par les réquisitions du procureur. Tous deux m’ont confié qu’ils ne s’attendaient pas à un tel niveau de tension ni à une attitude aussi virulente. Il est difficile de mesurer l’hystérie entourant ce sujet tant qu’on n’y est pas directement confronté. Pour ma part, je ne suis plus surprise de rien.
Avant l’audience, mes avocats étaient confiants : selon eux, juridiquement, l’infraction n’était pas constituée. Les réquisitions du procureur les ont rendus plus prudents — même si les juges ne sont pas tenus de les suivre. Et cela alors même que la partie adverse s’était engagée dans une surenchère victimaire, allant jusqu’à affirmer que je serais à l’origine d’un possible « génocide trans » et, implicitement, responsable de suicides.
Richard Malka a immédiatement réagi à la proposition de « stage de sensibilisation » formulée par le procureur. Il a dénoncé ce qui lui semblait s’apparenter à une forme de rééducation idéologique, s’interrogeant ironiquement : allait-on désormais « me rééduquer? Devrais-je, pendant ce stage, répéter : « je ne parlerai plus des trans, je ne parlerai plus des trans » ?
Il était prévu que Marine Viegas, sa collaboratrice, assurerait l’essentiel de la plaidoirie. C’est donc elle qui a ensuite pris la parole.
Je publierais dans mon article (newsletter) suivant sa plaidoirie.
J’aurais aimé pouvoir la filmer tant sa posture, son ton et la force de son intervention étaient remarquables. Mais l’enregistrement des audiences est interdit au tribunal.
Richard Malka a ensuite conclu la défense, en rappelant que, dans cette affaire, la personne qui subissait le harcèlement, c’était moi — et non l’inverse, ainsi qu’en rappelant les principes de la liberté d’expression, qualifiant ce qu’on me faisait vivre de tentative de censure.
La plaidoirie de Marine Viegas en défense de Dora Moutot
A lire dans l’article-newsletter suivante!
Il n y a plus la place ici, ça serait trop long dans un seul article.
La décision sera rendue courant mai.
Je saurai alors si je suis condamnée ou relaxée.





Une thérapie de conversion 🤣🤣🤣 excellent !! Courage à vous Dora , ces gens sont réellement dangereux pour la société. Je le dis pour vous , il faut se méfier des personnes à pénis.
Cette demande de stage sent effectivement, comme le précise votre avocat, la rééducation mentale.
Vous avez raison de ne pas lâcher, et évidemment que la plupart avaient compris que vous ne visiez pas les hommes en général…