Je suis condamnée par la justice pour avoir dit : «on est obligées de se méfier des personnes à pénis”
Quand la prudence féminine devient une infraction pénale
Ce 20 mai 2026, j’ai appris que je suis condamnée par la justice française pour avoir dit : «On est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes”
Cette condamnation marque un basculement inquiétant pour la liberté d’expression en France.
Notamment pour la liberté d’expression des femmes, car il est apparemment désormais formellement interdit d’appeler à se méfier du sexe opposé.
Avec mes avocats, nous allons évidemment faire appel, et nous irons, si nécessaire, jusqu’à la Cour de cassation.
Ce qui se joue ici dépasse largement mon cas personnel.
Il est inacceptable qu’une femme puisse être condamnée pénalement pour avoir exprimé, dans un débat d’intérêt général, une inquiétude liée à la sécurité des femmes et à la réalité du sexe biologique.
La genèse de l’affaire
Mais reprenons depuis le début :
Il y a 3 ans, trois associations LGBT (financées par la Ville de Paris et la région Île-de-France avec vos impôts) — Mousse, SOS Homophobie et ADHEOS — ont porté plainte contre moi pour « transphobie ».
Je vous invite à lire ici tout le résumé du début de l’affaire pour bien saisir les tenants et les aboutissants.
Ces associations m’ont attaquée pour avoir dit la phrase suivante lors d’un débat télévisé sur le sujet du transgenrisme sur le plateau de «Quelle Époque !», présenté par Léa Salamé : « on est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes ».
J’ai prononcé cette phrase dans un contexte très précis.
J’évoquais le cas d’hommes se déclarant femmes, transférés dans des prisons pour femmes et impliqués, dans certains cas documentés, dans des violences sexuelles contre leurs codétenues.
Mon propos portait donc sur une question de sécurité concrète : celle des conséquences possibles de certaines politiques d’auto-identification de genre dans les lieux réservés aux femmes.
J’expliquais qu’il existait déjà des faits divers inquiétants sur ce sujet et que, dans ce contexte particulier, les femmes peuvent être amenées à se méfier des personnes de sexe masculin.
Pour bien comprendre mon propos, voici comment il a été introduit :
Léa Salamé
Alors, je vous donne la parole maintenant, Dora Moutot : qu’est-ce qui vous… en quoi vous, qui êtes féministe, qui êtes une femme, vous avez l’impression que ça vous fragilise s’il y a des revendications des trans ? Que c’est quelque chose qu’il faut opposer ? Que ça vous enlève quelque chose, vous, comme femme ?
Dora Moutot
Non, pour moi, ce ne sont pas des choses à opposer, il faut trouver un terrain d’entente, en fait. Le terrain d’entente, là où il est problématique aujourd’hui, c’est sur certaines choses en particulier. C’est par exemple sur les sports : aujourd’hui, il y a un certain nombre de femmes trans, donc anciennement hommes, qui jouent dans des compétitions sportives face à des femmes. Et face à des femmes, parfois, tout simplement parce qu’elles ont une musculature différente, eh bien elles gagnent.
On a aussi un problème, par exemple, dans les prisons. Donc, dans certains pays — ça va être aux États-Unis, en Californie ou en Angleterre — on va se retrouver avec des hommes qui ont commis parfois des meurtres sur des femmes, ou bien des viols, qui vont être transférés d’abord dans une prison d’hommes, et ensuite ils vont faire un programme de « gender affirming » [mime des guillemets], donc ils vont faire une transition en prison, ils vont devenir des femmes en prison, administrativement parlant, et ils vont être transférés dans des prisons de femmes.
On se retrouve, je suis obligée de le dire, avec certains hommes qui violent leurs codétenues. Je ne dis pas que toutes les personnes trans font ça, loin de là, mais on est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes. »
Un procès et un jugement digne d’Orwell
Le procès, qui était tout à fait lunaire, Orwellien, a eu lieu en février 2026. Vous avez accès à tout le résumé du procès ici.
Ainsi qu’à la plaidoirie entière ici.
Ce mercredi 20 mai 2026, mes avocats Richard Malka et Marine Viegas m’ont informée que j’étais condamnée pour « injure publique envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre », avec une amende de 1000 euros à verser à l’état + 1500 euros à verser aux associations plaignantes (500 euros par association) + 2000 euros pour couvrir leurs frais de justice = un total de 4500 euros.
Je ne vois toujours pas où se situe l’injure.
J’ai dit ce que toutes les femmes sur cette planète ont déjà pensé et ce que les féministes répètent depuis des décennies : nous devons nous méfier des hommes, parce que les hommes commettent l’écrasante majorité des violences sexuelles. En France, 99 % des personnes condamnées pour viol sont des hommes.
Mon propos était simple : lorsqu’une personne possède un sexe masculin, quel que soit le genre qu’elle revendique, beaucoup de femmes ressentent instinctivement une forme de vigilance supplémentaire. Ce n’est ni de la haine, ni un appel à la violence. C’est un réflexe de protection profondément ancré dans l’expérience féminine.
Apparemment, rappeler cette réalité suffit désormais à être condamnée.
Mais si vous êtes curieux de comprendre comment il est désormais possible d’être condamnée pour avoir dit cela, voici comment les juges justifient leur décision dans la lettre du jugement :
« En les désignant ainsi comme des « personnes à pénis » dont « les femmes » sont « obligées de se méfier », la prévenue assigne d’abord les femmes transgenres à leur pénis, soit à leur attribut sexuel masculin de naissance, tout en niant leur identité de genre féminine puisqu’elles sont opposées aux « femmes », la prévenue considérant ainsi implicitement que les femmes transgenres n’en sont pas.
Usant d’un procédé rhétorique consistant à se défendre de soutenir que toutes les personnes transgenres se livreraient à des agressions sexuelles sur les femmes cisgenres, la prévenue en vient pourtant à prétendre, dans la deuxième partie de sa phrase, introduite par la conjonction de coordination « mais » qui vient annuler cette apparente prudence rhétorique, que « les femmes » doivent se méfier des « personnes à pénis », soutenant ainsi que même si elles ne passent pas toutes à l’acte, les femmes transgenres, en tant qu’elles ont un pénis, représenteraient un tel risque d’agression sexuelle pour les femmes cisgenres.
Elle associe ce faisant cet attribut sexuel masculin à un état de dangerosité, dont le propos précédent permet de comprendre que la méfiance des femmes cisgenres tiendrait au fait que la possession de l’attribut sexuel masculin que constitue le pénis entraînerait intrinsèquement une prédisposition ou propension des femmes transgenres à agresser sexuellement des femmes cisgenres.
S’il comporte une forme d’injonction à « se méfier » des femmes transgenres qui peut susciter à leur égard un sentiment d’hostilité ou de rejet, ce propos n’appelle pas pour autant le public, implicitement ou explicitement, à la violence, à la discrimination ou à la haine envers celles-ci.
En revanche, ce propos, qui de façon généralisante et essentialisante nie l’identité de genre des concernées et les assigne à un attribut sexuel masculin en associant ce dernier à un état de dangerosité pour les femmes cisgenres, est outrageant à l’égard des femmes transgenres à raison de leur sexe et de leur identité de genre.
Les faits incriminés du chef de provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre devront donc être requalifiés en faits d’injure publique envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre.
Si ce propos a été tenu dans le cadre d’un débat légitime sur les revendications des personnes transgenres et des conséquences que celles-ci peuvent avoir sur l’organisation de la société, notamment dans le domaine du sport et de la détention, ce débat de société autorisant des opinions variées, dont certaines peuvent être considérées comme choquantes selon les convictions personnelles de chacun, il n’était pas pour autant permis d’exprimer, sous couvert d’une opinion critique, un propos particulièrement injurieux et transphobe, soit une forme d’expression qui propage la haine fondée sur l’intolérance à l’encontre d’un groupe de personnes à raison de leur sexe et de leur identité de genre, et qui constitue dès lors un abus de la liberté d’expression méritant que soit prononcée une sanction pénale à la hauteur de l’atteinte ainsi portée aux valeurs protégées par notre société démocratique.
Dora MOUTOT sera par conséquent déclarée coupable de ce chef ainsi requalifié. »
Analyse du raisonnement des juges
Sauf que le problème, c’est que le raisonnement des juges ne tient selon moi, pas débout.
Analysons un peu ce qu’il se passe ici…
Pour commencer, les juges me font dire ce que je n’ai jamais dit
Le tribunal écrit que j’aurais soutenu que « les femmes transgenres, en tant qu’elles ont un pénis, représenteraient un tel risque d’agression sexuelle pour les femmes cisgenres ».
Mais ce n’est pas ce que j’ai dit. Ma phrase exacte était :
« On se retrouve, je suis obligée de le dire, avec certains hommes qui violent leurs codétenues. Je ne dis pas que toutes les personnes trans font ça, loin de là, mais on est obligées de se méfier des personnes à pénis en tant que femmes. »
Je dis explicitement :
« Je ne dis pas que toutes les personnes trans font ça. »
Le tribunal efface cette précaution, puis prétend que je généralise. Je n’ai jamais dit que toutes les femmes transgenres étaient dangereuses, qu’une identité trans entraînait une propension criminelle et qu’un pénis rendait automatiquement violeur.
J’ai parlé d’un contexte précis : des hommes transférés dans des prisons pour femmes après s’être déclarés femmes, et impliqués, dans certains cas documentés, dans des violences sexuelles.
Le tribunal transforme donc une phrase de prudence en théorie générale de la dangerosité.
« Se méfier » ne veut pas dire « considérer tout le monde comme dangereux »
Le cœur du raisonnement judiciaire repose sur un glissement absurde : « se méfier » devient : « considérer intrinsèquement dangereuses ».
Mais dans le langage ordinaire, la prudence n’est pas une accusation universelle.
Quand on dit :
« méfiez-vous des inconnus la nuit »
« méfiez-vous des personnes armées »
Personne ne comprend « tous les inconnus sont criminels », ou : « toutes les personnes armées vont tuer ».
C’est une logique de prudence. Le tribunal choisit pourtant l’interprétation la plus hostile possible de ma phrase.
Toute notre société repose déjà sur des distinctions liées au sexe
Le jugement affirme que j’associerais «l’attribut sexuel masculin » à un « état de dangerosité».
Oui et?
Toute politique de sécurité repose déjà sur des différences statistiques liées au sexe. Les hommes commettent l’écrasante majorité des viols, des agressions sexuelles, des violences physiques graves.
Ces réalités sont prises en compte partout : dans la séparation des prisons, dans les catégories sportives féminines, dans les fouilles corporelles, dans les refuges pour femmes, dans les politiques de sécurité.
Si le sexe biologique n’a aucune pertinence, alors il faut expliquer pourquoi il existe encore des prisons pour femmes.
Mais si le sexe biologique peut rester pertinent dans certains contextes matériels, alors il doit être possible de le dire sans être condamnée.
Le tribunal veut les deux choses à la fois : conserver les protections fondées sur le sexe mais rendre illégitime le fait de rappeler pourquoi elles existent. C’est incohérent.
J’ai parlé d’une politique publique, pas de la dignité d’un groupe
Mon propos concernait la détention, la sécurité, le risque de violences sexuelles, l’accès aux espaces féminins.
Je parlais des conséquences concrètes de certaines politiques d’auto-identification de genre. Le tribunal transforme alors une inquiétude sécuritaire en attaque morale.
Il confond une critique d’une politique avec une hostilité envers l’existence même d’un groupe.
Or dans une démocratie, on doit pouvoir soutenir qu’un critère biologique reste pertinent dans certains espaces sans être immédiatement accusée de haine. Sinon, toute critique des politiques d’auto-identification devient impossible.
Le jugement se contredit lui-même
Le tribunal reconnaît noir sur blanc que mon propos : « n’appelle pas pour autant le public, implicitement ou explicitement, à la violence, à la discrimination ou à la haine ».
Mais quelques lignes plus loin, il affirme que ce même propos :
« propage la haine fondée sur l’intolérance ».
Donc, le propos n’appelle pas à la haine mais il propagerait la haine…
Il n’appelle pas à la discrimination mais il devient condamnable comme propos discriminatoire. Il n’appelle pas à la violence mais il mérite une sanction pénale.
Cette contradiction est centrale. Si mes propos ne demandaient aucune violence, aucune exclusion , aucune privation de droits, aucune discrimination, alors qu’est-ce qui est réellement condamné ?
Une opinion.
Le tribunal reconnaît la légitimité du débat… puis condamne une position dans ce débat
Le jugement reconnaît lui-même que le sujet relève d’un débat légitime, qu’il concerne des questions majeures d’organisation de la société, que des opinions choquantes peuvent être exprimées dans une démocratie.
Mais il condamne précisément l’expression concrète d’une position dissidente.
Autrement dit, le débat est autorisé en théorie, mais certaines conclusions deviennent interdites en pratique.
C’est un problème majeur pour la liberté d’expression.La liberté d’expression ne sert pas à protéger les phrases consensuelles.
Elle sert précisément à protéger les propos qui heurtent, choquent, inquiètent. Sinon, elle ne protège plus rien.
Le vrai problème, le tribunal condamne un désaccord idéologique
Ce jugement repose sur une série de glissements permanents :
« parler sexe biologique » devient « négation d’identité » ;
« prudence » devient « haine » ;
« inquiétude sécuritaire » devient « transphobie » ;
« critique d’une politique » devient « attaque contre un groupe ».
À chaque étape, le tribunal ajoute à ma phrase des intentions que je n’ai jamais formulées.
Il ne condamne pas seulement ce que j’ai dit. Il condamne ce qu’il décide que j’aurais voulu dire.
Et c’est précisément cela qui est inquiétant. Car au fond, ce jugement ne sanctionne ni un appel à la violence, ni une incitation à la discrimination.
Il sanctionne le fait d’avoir affirmé que le sexe biologique peut rester pertinent dans certains contextes de sécurité.
Ce n’est pas une phrase haineuse qui est condamné, c’est un désaccord avec une idéologie.
Un contraste vertigineux
Comme je l’ai dit,avec mes avocats, nous allons évidemment faire appel, et nous irons, si nécessaire, jusqu’à la Cour de cassation.
Ce qui rend cette condamnation encore plus difficile à accepter, c’est le contraste absolument vertigineux avec le traitement judiciaire des menaces extrêmement graves que nous avons subies, Marguerite Stern et moi, pour nos opinions sur les dérives de l’idéologie trans.
Depuis des années, nous faisons l’objet de menaces de mort explicites, d’appels à la violence, de campagnes d’intimidation, de messages appelant à nous « éclater la tête », de slogans comme « une TERF, une balle » ou « les transphobes au feu » scandés publiquement, d’appels à « en découdre à l’arme blanche » ; et même d’appels à « s’opposer physiquement et violemment à notre existence toute entière ».
Des affiches, publications et slogans appelaient explicitement à nous cibler physiquement. Une soixantaine d’individus cagoulés et armés ont même été interpellés alors qu’ils se rendaient à une séance de dédicaces de notre livre Transmania.
Nous avons vécu sous pression constante annulations d’événements, dispositifs policiers, peur réelle d’agression, harcèlement massif, campagnes de diffamation, menaces répétées.
Et pourtant ?
Classements sans suite à chaque fois que nous avons déposé plainte.
Pas de suites judiciaires. Pas d’indignation institutionnelle. Pas de protection. Plus de détails ici.
En revanche, dire ce que j’ai dit lors d’un débat télévisé me vaut une condamnation pénale.
Des slogans appelant à nous tuer semblent produire moins de réaction judiciaire qu’une phrase exprimant une inquiétude liée à la sécurité des femmes.
Le signal envoyé est glaçant, les menaces de mort contre des femmes dissidentes semblent tolérables, mais exprimer une opinion dissidente sur le genre devient pénalement risqué.
Autant vous dire qu’après une expérience pareille, si demain un proche se faisait kidnapper, je ne suis pas certaine que je ferais spontanément confiance à la police ou à la justice pour mener l’enquête et condamner correctement qui doit l’être! Je crois que mon premier réflexe serait d’appeler un détective privé!
Quand on voit l’énergie déployée pour poursuivre certaines paroles, et l’impuissance ou l’indifférence face à des menaces de mort explicites, il devient difficile de ne pas perdre confiance dans les priorités de nos institutions.
Votre soutien
Vous imaginez bien que cette nouvelle est lourde à vivre pour moi.
Se retrouver avec une condamnation pénale et un casier judiciaire me place dans une forme de précarité. On travaille moins facilement avec quelqu’un qui a été condamné, quel que soit le contexte de cette condamnation.
Et c’est précisément ce que recherchent ces associations depuis le début : me faire taire, m’isoler socialement, me discréditer publiquement et me placer au banc de la société pour avoir exprimé une opinion dissidente sur un sujet devenu idéologiquement intouchable.
Je vous invite à me soutenir en vous abonnant à la version payante de mon Substack, sur PayPal, Tipee, ainsi qu’en achetant mon livre TRANSMANIA, qui est donc comme vous pouvez le voir est encore d’actualité…
J’avais refermé le chapitre du transgenrisme dans ma vie depuis la sortie du livre Transmania, où je pense avoir transmis tout ce que j’avais à transmettre sur le sujet.
Mais ce jugement injuste me maintient malgré moi dans une forme de combat. J’aurais aimé tourner la page, mais il semblerait que le moment ne soit pas encore venu.
Je dois encore tenir.
Je suis bien curieuse de voir la réaction, ou plutôt l’absence de réaction, d’une grande partie du monde féministe face à cette condamnation. Car dire que les femmes ont des raisons de se méfier des hommes est probablement l’une des idées les plus banales du discours féministe contemporain… Je pense cette condamnation placera beaucoup de féministes dites « cis pro-trans queer » dans une contradiction impossible à assumer publiquement.
Selon mes avocats, je devrais repasser devant les juges dans un délai de 6 à 8 mois pour l’appel. Je vous tiendrai au courant.
Suite au prochain épisode.
Dora Moutot.






Comme tu dis, qu’une phrase banale de défense des femmes soit plus punie que des menaces de mort est hallucinant. Bon en allant de plus en plus loin, un jour la société dira stop. Courage à toi, je ne doute pas que ça sera passera bien.
SOUTIEN ❤️ la gerbe de ce pays …